mercredi 24 novembre 2010

Des nouvelles du front

Bonjour. Point. C'est la guerre. Point. Je suis couverte de peinture de la tête au pied. Point. Nous* faisons une fresque dans la chambre de mon kid. Point. Elle a eu raison de mon jean préféré, le slim H&M que j'ai depuis 3 ans, mon jean-jauge, celui que si j'ai du mal à le fermer, cela veut dire qu'il faut que je freine sur les tartines beurre-miel 4 fois par jour. Point. Je suis en deuil. Point. Je n'ai aussi aucune minute pour moi. Point. C'est fatiguant. Point. Mais ça vaut la peine. Point.

Ok ta gueule Agathe avec ton style "télégramme de 1944". La petite étoile que j'ai mise après le "Nous" signifiait plutôt : les enfants et moi, sauf que, prenez un garçon de 10 ans, un peu maladroit et un peu dans son monde, les dégats peuvent être colossaux. Du genre, lui avec le rouleau plein de peinture bleue nuit dans la main droite, je l'appelle, il se retourne et fait un grand geste avec sa main droite, celle qui tient le rouleau, lequel laisse échapper une magnifique giclée de peinture sur le mur blanc qui attendait d'être peint en vert.... Ou lui dire cent fois de pas quitter la bâche en plastique sans être sûre de ne pas avoir de la peinture sur ses pieds pour éviter de mettre du bleu et du vert sur la moquette beige... Il s'exécute avec le saladier d'eau à changer dans les mains, il se penche à droite, à gauche pour examiner la plante de ses pieds et renverse l'eau sale sur la moquette.... Donc sa chère et tendre au pair, à quatre pattes, une éponge et du liquide vaisselle, a fait communion avec la moquette pour lui faire retrouver sa couleur initiale. Trente minutes de frottage-rinçage-frottage-rinçage, j'ai réussi à ravoir la moquette.. Ou alors qu'il était sensé peindre le long des plaintes, je me retourne du haut de mon escabeau et je le vois peindre en plein milieu du mur, alors que c'était mon job, avec le rouleau pour ne pas laisser de traces et que je lui avais dit cent fois et qu'il me dit "haaaaa sorrry Eugathe" (c'est comme ça qu'il prononce mon nom)...   Et prenez en plus sa soeur, qui sûrement un peu jalouse de ne pas avoir de fresque dans sa chambre, reste devant la porte et demande approximativement toutes les demi-secondes "May I help you ?", "Am I allowed to come in ?" et qui au bout d'un moment est acceptée pour les travaux, fait un assez bon job et me dit "j'en ai marre, je peux arrêter ?" au bout de 7 minutes.... 

Finalement, être au pair n'a rien à voir avec du babysitting. Être au pair, c'est savoir troquer son tablier de cuisine pour celui de lessiveuse pour celui de confidente pour celui de peintre en bâtiment pour celui de chauffeur pour celui de colocataire pour celui d'infirmière pour celui de couturière pour celui de copine pour celui de femme de ménage pour celui de pitre de service pour celui de mère au foyer pour celui de machine-à-produire-des-idées pour celui de surveillante en chef pour celui de câlineuse pour celui de grande soeur... Et je ne rigole pas, j'alterne vraiment toutes ses fonctions. Mais vu que je ne sais pas être un truc défini, ça me va bien et ça me plaît. Car mine de rien, même si des fois, j'ai envie de ne plus rien être à part un truc à pas déranger qui essaye de comater dans sa chambre, ça ne dure pas bien longtemps et même si malgré la perte de mon jean et de mes bras et mes mollets courbaturés (oui, quand je fais de la peinture, vu que je suis naine, je dois être sur la pointe des pieds et je dois lever les bras, tout le temps...), j'aime bien faire cette fresque avec mon kid. Et ensuite leur faire à manger un truc rapidos de chantier, des pâtes chinoises en 3mn, de la purée/chicken nuggets... Et ensuite, quand la peinture sèche, jouer au Monopoly 2h avec les voisins et les voir argumenter comme des traders en ruth sur qui aura quelle rue, et ensuite les obliger de force à aller jouer 30mn dehors, malgré les -1°C. Ils me détestaient mais je suis allée avec eux, emballées dans ma veste de ski et j'ai joué à chat avec eux. Visiblement, je n'avais encore jamais joué avec eux. Et ils ne savaient pas que je devenais hargneuse et terrible. Pendant une demie heure, j'ai craché mes poumons et j'ai couru, couru, couru. Ils en revenaient pas que je jouais autant avec eux. On s'est bien amusés. J'adore ce jeu, je voudrais le jouer dans la vraie vie avec des gens dans la rue, ça serait marrant. ça me rappelle les longues journées d'été au centre de loisirs... ou je jouais avec les terribles au chat, des fois avec des gamins de 9 ans qui faisaient ma taille et qui me ratatinaient... Et je leur ai fait découvrir un autre jeu : un, deux, trois soleil. Mon jeu fétiche car franchement, prenez n'importe quel enfant, il fera toujours une pause débile ! Comme si quand tu cours et que tu te bloques, tu es obligatoirement en train de faire le singe ou de lever une jambe à l'horizontale... ça me fait tellement marrer ! Ensuite, vu qu'on a eu vraiment froid, tout le monde a eu le droit à un chocolat chaud (mes deux kids et les deux voisins). Et on a fait un autre jeu que j'adore : de la musique à fond, ils dansent et à chaque fois que j'arrête la musique, ils doivent s'arrêter de bouger... ça marche avec tout le monde, de 2 ans à la mort je crois... Et pareil, je me marre trop car je leur mets de la musique bien ringarde ou bien old school et même les mecs se déhanchent à la John Travolta, c'est magique... Et moi je chante "Gimme gimme gimme a maaaan after midniiiiight" ! 

Puis ce soir, alors que mon kid et sa maman sont sortis manger tous les deux. Ma ptite Emily choupinette avec qui on se raconte des tonnes de secret (si vous saviez !) et moi avons cuisiné des espèces de burritos améliorés et très spontanément, je l'ai emmené chez Ziggi's (le coffeeshop où je passe tout mon temps) car j'en pouvais plus de rester à la maison. Elle était cooooontente. Et j'ai appelé ma copine Julia qui nous a rejoint avec son frère. Ma kid était méga heureuse avec sa tisane au citron et Julia qu'elle adore. Il y avait un concert de jazz... C'était chouette ! Puis à 19h40, retour à la maison en chantant à tue-tête dans la voiture pour se réchauffer et elle me demande "How do you like me so far"... pour être supra-drôle je lui dis "I hate you" et elle me dit "you're kidding, you're always kidding, I thought you said that I am the most wonderful girl in the universe"... Ils sont magiques ces enfants ! 

En parlant d'enfant, j'ai un énorme problème éthique. Je crois qu'un adolescent, presque majeur mais qui ne l'est pas (il est mineur dans tous les pays du monde et pas seulement en Amérique) est amoureux de moi... Je le vis très mal. Très très mal. Car il est mineur dans tous les pays du monde et il me dévisage des orteils aux pointes des cheveux... ça me bloque, ça me met un énorme mur en béton armé devant lui. Même s'il est choupinou, doux jésus, c'est un enfant. Marine me dit que je devrais m'en foutre, et avec amour, elle m'affirme : "mais il a l'air plus vieux et toi, t'as pas l'air d'avoir 22 ans, on dirait que vous avez le même âge". Je précise qu'on a presque 6 ans d'écart. Je l'adore Marine, elle est gentille... 

Voilà sinon, demain, c'est thanksgiving alors je vous en reparlerai plus tard. La tradition est de remercier tous ceux pour qui on est thankful. Du genre, les phrases basiques : je suis thanksful envers ma maman car elle prend soin de moi. Je suis thanksful envers mon papa car il va travailler et gagne des sous pour qu'on puisse aller en vacances aux Bahamas. Je suis thanksful envers ma famille car elle m'offre son amour... Demain ils vont me demander qui j'ai envie de remercier. Je crois que je vais dire que je suis thankful envers mon ordinateur car il me permet de rester en contact avec vous tous mes copains d'amour et ma famille de coeur... C'est trop geek à votre goût  ? Alors je dirais que je suis thankful envers vous tous car vous restez mes amis ou ma famille (enfin là, je suis désolée pour vous, je sais que ça doit pas être facile tous les jours, mais je vais vous coller encore un paquet d'années...) malgré ma bougitude qui me fait vivre loin loin, malgré mes gémiardises fréquentes, malgré mes problèmes débiles qui doivent vous saouler, malgré le fait que je sais pas être autre chose que moi-même et que du coup, c'est pas pratique... Franchement, je vous le dis jamais car j'ai jamais pensé à le dire mais je vais respecter les traditions américaines et vous le dire : merci d'être tous là pour moi, quand ça va et quand ça va pas. Merci d'être vous. Et merci de me laisser vous aimer de tout mon coeur <3 

Après cette minute sentimentale, je vais vous laisser vaquer à vos occupations. Je vous ferai un compte rendu de la dinde fourrée et de la tarte à la citrouille de Thanksgiving (je peux pas m'empêcher de penser à Monica Geller...), ainsi que de la fresque (qui représente un dessin de mon kid, sans perspective, avec un soleil rond avec des grands rayons symétriques et avec des maisons en forme de carré+triangle) (je le vis bien, je me sens lier un relation forte avec la peinture naïve. Douanier Rousseau, je pense te faire une dédicace sur ce mur... du genre en bas à droit : "sans toi, nous ne serons jamais arrivés là".) 

Des bisous, tout plein. 

(Dans un mois c'est Noël. Dans 5 jours c'est le mois de décembre. J'ai envie de pleurer car ça va être la première année de ma vie que je n'aurais pas de calendrier de l'avent. Déjà les années précédentes ça avait été dur car j'avais du faire un scandale à ma mère pour qu'elle m'en offre un, ou pire, je m'en étais acheté un toute seule au Franprix d'en bas l'année dernière... Ici, j'en ai pas trouvé... Mon avent va être triste.... Je vais même pas avoir de papillotes Revillon. Hmpf. Je pense pas encore au 24 quand pour la première fois de ma vie, on ne vas pas ouvrir les cadeaux à minuit, mais le lendemain matin, alors que même à 2 ans, je restais éveillée et je chantais Petit Papa Noël dans mon pyjama rouge (ma cousine me raconte ça tous les ans) dans le Jura. D'ailleurs, ça va être le premier Noël que je vais faire sans ma maman ni mon frère. Quel dommage, il ne va pas pouvoir m'offrir de pyjama horrible, avec des souris roses, taille obèse.) (Mais bon, les gars, je zappe le réveillon à manger des tartines de mayonnaise car tout le monde mange des huitres ou du fois gras et je reviendrais de New York) (et même si la mayo maison de ma mamie ou maman ou je ne sais pas qui la fait à Nanc-lès-st-amour mais elle est bonne, me manquera, je préfère aller une semaine à New York... mouah ah ah)


1 commentaire:

Anonyme a dit…

Ma fleur je suis si contente de lire que tu vas bien :)
Passe un bon thanksgiving.
Bisous <3
Anaïs