Bonjour,
Je suis d'humeur pantouflarde aujourd'hui et vu que j'écrivais sans raison, je me suis dit qu'il était bien mieux de vous écrire à vous. Qui plus est, me concentrer sur quelque chose m'empêche d'avoir des envies de meurtre sur mon voisin qui entre dans sa quatrième heure de répétition de batterie ou de paniquer car mon imbécile de frère poste sur facebook qu'il va aux urgences. Faut pas me faire ce genre de trucs. J'ai rongé tous mes ongles que je n'avais pas touché depuis des semaines. J'ai passé une heure sur Doctissimo. Ce site devrait être interdit, c'est de la torture. Comment rendre les gens angoissés encore plus paniqués ? Les envoyer sur Doctissimo.com. Tu as des points noirs dans les yeux, tu as forcément un cancer de l'oeil. Ou tu deviens aveugle. Si j'en avais écouté ce site, j'aurais déjà été enceinte 2 fois, j'aurais eu un cancer des cordes vocales, un cancer du foie, des intestins. J'aurais sûrement attrapé le sida et je serais schyzophrène. Je vous rassure, je vais bien. Mon frère, je sais pas. Il est vraiment débile de poster ça en statut facebook. Sachant que 1) je suis une grande soeur pleine d'angoisse pour mes frères 2) il sait que c'est ma plus grande peur qu'il lui arrive un truc de grave 3) je suis à 8000 putains de kilomètres et je n'ai aucun moyen d'avoir de ses nouvelles rapidement. Double torture. Encore pire que Doctissimo.
Donc bref, je vais vous raconter ma vie comme ça je pense à autre chose. Vendredi matin, comme je vous disais, je suis allée à Denver. Le trajet en voiture se fait assez rapidement, si on ne prend pas en compte l'énorme demi-heure qu'il faut pour trouver une place de parking. Au bout d'un moment, mon incontinente vessie me lançant des éclairs, j'ai du lâcher l'affaire et je me suis garée dans un parking à 12$ la journée. J'ai descendu deux blocks pour rentrer dans le Denver Convention Center où un gros ours bleu lèche les vitres, faire pipi dans des toilettes automatiques. Je ne crois pas vous avoir déjà parlé de ça car c'est assez scatologique mais je suis plus à ça près sur le plan intellectuel et intéressant de mon blog. Les américains, les plus gros flemmards du monde, doivent penser que tirer la chasse d'eau est un acte tellement fatiguant qu'ils ont inventé des chasses d'eau automatiques. Il doit y avoir une espèce de caméra qui détecte ta position et quand tu es sur le point de t'asseoir (ou faire semblant car c'est dégueulasse de s'asseoir sur des chiottes que tu ne connais pas), elle doit remarquer que tu es là et une fois que tu as fait ce que tu avais à faire, hop, elle se déclenche. Sauf que voilà, mes troubles maniaques, comme je viens de vous dire, m'empêchent de m'asseoir sur des toilettes publiques, donc je joue à l'équilibre grâce à mes super cuisses musclées. Du coup, ben, je dois bouger un peu, et la caméra croit que je me lève. Donc je sursaute et je rigole toute seule. Par chance, ce n'est pas un jet d'eau qui t'éclabousse. Et alors une fois qu'elle s'est déclenchée toute seule, une fois que tu as vraiment besoin de la tirer, tu as beau passer ta main devant le capteur, faire semblant de t'asseoir une fois ton jean remonté, rien à faire. Si quelqu'un a la technique pour faire marcher ces toilettes, je suis preneuse !
(God, je viens d'atteindre le niveau le plus bas, je vous parle de W.C. sur mon blog, je vais me rattraper).
Julia et Melanie me rejoignent et nous rentrons dans le salon du ski et snowboard. Des milliers de vestes, pantalons, boots, planches et fixes en tout genre. Je fais mon shopping, trouve une très jolie veste violette, bleue et noire, Bonfire. Toute fine mais qui résiste à -20°C. Puis, je vais me planter devant le mur de snowboards tout neufs tout brillants. Je ne trouve aucune petite planche. Je suis entourée d'un car de mecs potentiellement fourrables (désolée pour l'expression, maman, papa, mamie mais mes copines savent de quoi je parle). Des riders tatoués et barbus. Mes hormones n'en peuvent plus. Je demande conseil au plus canon de tous. Il a retourné tout le bâtiment pour trouver une planche de 144 pour la naine que je suis. Je me suis fait interviewé par une chaîne de télé. Forcément, sur 400 mecs, il devait y avoir 25 nanas et j'étais en robe plutôt courte, plutôt estivale. Et je m'apprêtais à acheter une planche multicolore, ils ont du se dire "bingo, superpouf superficielle achète sa planche parce qu'elle est belle". Ils m'ont demandé ce que j'achetais, si c'était mon premier snowboard. Alors je leur ai dit que non, que j'en faisais depuis onze ans, que j'achetais une planche plus longue que celle que j'ai en France car ça ira plus vite, que je veux pas des fixs step-in parce que ça gêle et que ça me gave. Et que je comptais pas en acheter une mais que ça me soule de louer et que je peux la ramener en avion for free. Il me dit "ah mais tu es française" en souriant, tout comptant quand je lui ai dit que j'étais pas novice "Quelle est ta station préférée en france" et là, j'ai osé dire "Les 7 Laux" alors que c'est pas vrai, c'est pas ma station préférée mais j'ai pas réfléchi. Ils étaient conteeeeents. Franchement, être française ça a du bon dès fois. Surtout quand tu sais comme les américains conçoivent les Alpes comme le paradis. Et que tu es une fille microscopique en jupe et que tu dis que ça fait 11 ans que t'en fais, ils sont contents. J'aime bien rendre les gens contents.
$485 plus tard, me voilà avec la plus belle planche du monde. Une Salomon qui j'en suis sûre glisse vite. Une veste Bonfire. Des fixations toutes neuves qui sont pas en plastique. Et des boots très moches mais très pratiques sans lacets, ce qui est génial car tu n'es pas obligé d'enlever tes gants si tu veux les resserer. Je n'ai plus qu'à acheter des gants, un casque, un masque et un pantalon et bien sûr mon pass, et hop, je suis sur les pistes tous les samedis de l'hiver. Ouh yeah baby. Je suis ruinée. Je n'ai plus un sous. Ils annoncent de la neige pour mardi et à part ma parka de snow, que je suis bien trop superficielle pour la mettre dans la vraie vie, je n'ai pas de manteau. Je vais devoir mettre trois couches sous ma veste en cuir et donc elle ne fermera pas. Génial. Vas-y Thomas dit que je ne parle que de shopping, je t'en prie, tu es déjà en train de te foutre de ma gueule car je m'inquiétais pour ton cancer de l'oeil.
Bref, après avoir quasiment fait un malaise d'hypoglycémie à trembler comme une feuille dans Noodles & Cie et englouti des pâtes thaï super bonnes, je me dirige vers le Denver Art Museum. Vous savez, le beau bâtiment biscornu de Libeskind que j'avais mis en photo il y a longtemps sur mon blog ? J'ai un peu menti à la caisse en disant que j'étais étudiante et après quelques volées de marches, j'ai entamé ma visite par les salles d'art américain "western american art" pour être plus précise. J'ai vraiment adoré. Tellement habituée aux musées européens avec une muséographie qui organise les salles d'expo par période, ici, j'ai été très surprise par le plan des salles, on se serait cru au Quai Branly. Aussi bien pour la muséographie que pour les grands masques de tribus indiennes exposés dans des vitrines autour desquelles tu peux tourner. Généralement, je ne suis pas trop fan des scènes de chasses, ni des natures mortes. Mais là, c'était tellement dépaysant que j'ai passé des heures à examiner toutes les œuvres. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir une scène de scalp. Ni la mort d'un pionner, piétiné par un cheval cheyenne. La représentation des indiens par les "blancs" est vraiment très intéressante, on aurait pu penser qu'ils les auraient choisi de les représenter de manière à les rendre inférieurs mais non, les 3/4 des peintures de ces salles représentaient des chefs de tribus indiennes très glorieux. Des portraits très détaillés. Les paysages étaient aussi intéressants, très traditionnels dans la technique, c'est juste de voir les paysages du Colorado, les bisons et les tipis qui m'ont plu. Il y avait des salles éducatives pour les enfants, où ils pouvaient se déguiser, créer leurs tampons, leurs empreintes. Dans chaque partie, il y avait une salle de lecture, avec des gros canapés et de la lumière tamisée. Je m'attendais à un intérieur bien plus froid pour ce bâtiment ultra contemporain, finalement, c'était cosy et convivial. Même les salles de la Renaissance ont retenu mon attention plus d'un quart d'heure, c'est pour dire. J'ai découvert une toute petite toile, d'à peu près 20cm de large, datant du 16ème Siècle. Je ne me souviens plus du titre (j'avais noté ça sur un bout de papier que j'ai bien sûr du jeter !) mais c'était un truc dans le genre "la tentation du je-ne-sais-plus-qui-mais-avec-un-nom-grec" : il y avait des femmes nues, des nez avec des pieds, des trucs super bizarres, pas du tout cohérent. On aurait dit un tableau surréaliste sauf que ça datait du 16ème Siècle et à cette époque, on ne représentait pas les femmes nues dans des positions étonnantes. Faudrait que je retrouve le nom, c'était chelou. Sinon, j'ai un peu zappé l'énoooorme partie des poteries mexicaines car il y en avait vraiment beaucoup mais j'ai trainé une grosse demie heure dans la salle dédiée à l'art asiatique. Les bouddhas, les danseuses, le dieu-singe qui a trop une bonne tête...tout ça tout ça, ça me plait bien. Et j'ai vraiment envie d'aller en voyage là-bas, quand je serai vraiment riche et que je trouverai quelqu'un de motivé pour venir avec moi (oui, faire un aussi beau voyage toute seule c'est triste, même si c'est l'aventure et que c'est cool, tu peux pas partager tes émotions avec quelqu'un, surtout que visiter cette région doit être assez dur sur le plan des émotions). C'était vraiment agréable d'être en ville, toute seule, et pas toute seule parce que j'avais pas d'autre choix, mais toute seule parce que j'avais envie/besoin de faire un truc toute seule. ça remet les idées en place. Et puis, ça change que d'être dans mon état végétatif du lundi au dimanche.
En fin de journée, j'ai rejoint Mary pour aller faire du tango. Pour ceux qui ne me connaissent pas trop et qui lisent ce blog, sachez que je suis allergique à tout ce qui est hispano-mexicano-argentin. L'Amérique du Sud, c'est pas mon trip. Enfin, si on m'invite, j'y cours, mais c'est plutôt le trip salsa-burrito-chilien bronzé que j'aime pas trop. J'accepte que les mojitos dans cette culture. Mes copines weimariennes ont essayé c120 fois de me faire danser la salsa, herk, je préfère autant me faire rouler dessus par un caterpillar que de danser avec un inconnu dégueu une des danses les plus érotiques de la terre (le tango fait un peu partie de ça). Surtout qu'ils doivent te toucher et j'aime pas qu'on me touche comme ça juste pour le fun (je suis dans le genre à retourner une claque à quelqu'un qui me tripote les cheveux) (je tolère dans certaines occasions mais je vais pas vous les dire car ma mère va dire que je suis dévergondée). Donc bref, revenons à nos salades, je suis donc allée danser le tango (danse érotique, ndlr) avec des inconnus (ah) que je devais tenir par l'épaule et la main (ah) et qui me tenait par le dos en retour (ah. berk. bis). Sachant que j'ai une coordination bras-pied aussi élevée que celle d'un enfant de 2 ans, j'étais mal barrée mais finalement, par l'opération du saint-esprit, je me suis marrée et c'était super cool. Les profs étaient sympa. L'endroit était génial, super hippy-alternatif (noémie, ça t'aurait tellement plu, tu aurais pu compléter ta carte de l'amérique du sud tout en vivant dans un monde plein de cheveux longs). Après le cour, il y avait une milonga (danse sociale) et j'ai regardé, les yeux plein d'émerveillement des couples dansés le tango, intensément, passionnément. Du coup, j'ai envie d'apprendre à danser le swing, rien à voir, certes, mais je préfère la musique et c'est assez fun.
Quant à hier, samedi, je n'ai pas fait grand chose, j'ai comaté, comaté, comaté et encore comaté. J'ai fait un bon crumble aux pommes le soir car on avait des invités. J'ai regardé ma belle planche et j'ai mis ma veste violette. J'ai lu un livre de Siri Hustvedt (la femme intello de Paul Auster), assise sous le porche dans un fauteuil à bascule. C'était réconfortant de profiter de l'air particulièrement agréable pour un mois de novembre.Les feuilles mortes jonchaient le sol et avaient recouvert la moitié du petit jardin. En dix jours, les arbres ont troqué leurs couleurs flamboyantes pour s'amaigrir de leur parure au moindre coup de vent. Il y avait une légère bise qui soufflait, elle a fait atterrir une feuille de peuplier sur la manche de mon gilet, ce qui m'a fait sursauté et j'ai renversé la moitié de mon thé sur mes genoux. En levant les yeux, j'ai regardé le ciel d'un beau bleu pur, et les branches du haut de l'arbre, celles qui dépassent le toit de la maison, étaient encore éclairées par le soleil. Quel moment paisible ! J'aurais aimé qu'il dur éternellement. Malheureusement, j'ai sursauté une deuxième fois à cause d'un écureuil qui fouinait dans les buissons. Alors je me suis dit que j'avais de la chance d'être là et que ma vie n'était pas si mal que ça, il manque certains trucs pour la rendre parfaite mais je ne suis pas à plaindre. Si seulement j'arrivais à être objective et détachée aussi souvent.
Sinon, j'ai eu des nouvelles de mon frère, il va bien et il se moque de moi car je m'inquiète trop. Je dois aller chercher les enfants à Fort Collins, j'ai la flemme mais j'ai toujours mon CD de la bonne humeur, enfin, je m'en suis pas encore lassée et il fait beau donc la route va être agréable. S'il fait jour quand je reviens (je ne suis pas sûre à cause du changement d'heure), je vais courir. Faut que j'évacue les tensions des dernières semaines.
Je vous embrasse les cocos <3
PS : encore un roman sans fin. désolée.
2 commentaires:
Juste pour que tu saches il y'a un petit bouton quand le detecteur ne marche pas dans les toilettes...non ne me remercie pas même si je viens de changer ta vie ! (Enfin ptete que tu l'as découvert toute seule ^^)
En tout cas je prends toujours autant de plaisir à te lire.
Hieronymus Bosch n'est pas l'artiste que tu recherche par hasard ?
bisous cop's
c'est encore moi ta copine Profit
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