Coucou mes canards,
Grand jour. Ça fait 6 mois que j'ai quitté la France. 6, comme 3+3, mais surtout comme la moitié de 12.
Je me rappelle le 1er septembre, alors que ça faisait un mois que j'avais mis les pieds sur le territoire américain. Je ne pensais qu'à une chose : qu'il me restait 11 mois à tirer, et je trouvais ça énorme. Je n'arrivais pas à me projeter à la fin de cette aventure. Pour moi, c'était bien trop loin.
Je me souviens aussi quand j'ai fêté mes 3 mois. Pareil, je trouvais que le temps passait trop doucement.
Et aujourd'hui, c'est l'inverse. Il ne me reste QUE six mois. Je freak out à l'idée que cette aventure se finisse.
Si ça ne tenait qu'à moi, enfin, ça ne tient qu'à moi, mais ce que je veux dire, si "moi", n'allait pas avec une quantité impressionnante de responsabilités et d'engagements qui m'attendent en France, je resterais ici.
Si je ne vous avais pas vous, qui me manquez quand même beaucoup, je ne rentrerai pas. J'aimerais que vous déménagiez tous à Boulder. Comme ça, je verrais mes petits frères, qui, vraiment, me manquent trop. Ils grandissent trop vite, comme dans les contes de fées. Alors que moi, le temps serait passé comme un éclair et qu'au final, à part mes cheveux qui ont poussé, je n'aurais pas vraiment changé, eux, ils auront vraiment pris un an dans les dents, et 10cm (j'inclue Thomas dedans, on sait jamais, s'il peut gagner 10cm je crois que ça ne le dérangerait pas), des tonnes de nouvelles capacités (parole + agilité pour le tout petit, écriture en attaché + nage pour le moyen et permis de conduire + BTS pour le grand... par exemple). Et puis j'habiterai avec toutes mes copines, dans une grande maison avec un jardin et un jacuzzi (tant qu'à faire), on aura un frigo plein de légumes et de fromage toujours plein et un mini bar avec du gin et du tonic toujours frais pour nous hydrater quand on écoute Shakira - hips don't lie. Voilà, c'est la seule chose qui me manque ici.
En fait, l'éternelle insatisfaite que je suis se rend compte que c'est pratiquement tout ce qui me manque. Les paniers de légumes bios de ma maman me manquent, même si j'habite plus avec elle depuis longtemps, j'ai envie de légumes, de ne manger que ça pendant des mois. Des carottes, du chou, des courgettes. N'importe mais des légumes. J'ai aussi envie d'avoir toujours des pommes chez moi mais j'oublie tout le temps d'en acheter. Quand je pense que l'année dernière, je me nourrissais de minimum 5 fruits TOUS LES JOURS et que là, je dois être à 5 fruits par semaine.
Les couettes et les housses de couette me manquent aussi. C'est tordu comme manque, on est d'accord mais c'est vrai. Ici, c'est un drap et un dessus de lit. J'aime pas ça, on s'emmêle dedans et quand on bouge beaucoup, le drap se casse au fond du lit et on n'a plus que le dessus de lit rapeux.
Le chauffage que tu règles dans ta chambre et pas en bas pour toute la maison, ça me manque. Je suis en âge constamment. La fenêtre de ma chambre est toujours ouverte, même quand il neige dehors, sinon j'étouffe et c'est une fournaise. Dire qu'à Paris, j'ai mis le chauffage pendant un mois et c'est tout. Je préfère avoir un pull que suer si tu oublies de retirer le tien.
Le métro en bas de chez moi aussi ça me manque. Si vous saviez ! Je regrette presque le roumain qui me jouait de l'accordéon sur la ligne 8. Prendre la voiture tous les jours, c'est pénible, c'est pas écologique et ça coûte une fortune. Je me ruine en essence. En parking. Et en PV.... Alors que ma carte Imagin'r, elle m'avait rien coûté quoi, 200€ à tout casser... Et puis dans le métro, on peut lire. En conduisant, c'est dur.
Me réveiller tous les jours à 10h, même si j'avais l'impression de perdre mon temps, ça me manque aussi. C'était bien cette époque. Et ensuite aller bosser à Elgi, manger des bonnes choses tous les midis (les tiramisu me manquent à mort) et boire des cafés gratos, glander en terrasse, puis marcher dans le 2ème arrondissement en trouvant les gens beaux et en croisant les fondateurs de Kitsuné toutes les semaines.
Les fromages blancs, les yaourts nature et les petits suisses avec le papier autour, ça aussi ça me manque. Je serai prête à donner 10 dollars pour un seul pot ! Les baguettes croustillantes. Le fromage de chèvre. La cancoillote. Les confitures de ma maman. Le fromage bleu qui coule. Le St-Marcellin/St-Félicien or whatever. Les madeleines. Les expressos en terrasse dans les cafés (et pas ces cafés américains rallongés à l'eau ou les lattes qui blindent le ventre) (ok c'est supra bon mais c'est cher et calorique). Les pastis qui coûtent moins chers qu'une bière. Les Velo'V / Velib après avoir fait la fête (mieux que "I don't drink, I drive" ou que payer un taxi). Les demi-pêches. Les bouteilles de vin à moins de 4€. Rentrer dans n'importe quel bar sans avoir à montrer ma carte d'identité.
(Oui, je suis un peu devenue alcoolique. Mais je crois que c'est normal quand on est au pair. C'est un peu comme être mère au foyer. Et tout le monde le sait, les mères au foyer quand leurs gamins font la sieste, elles se boivent pas de la Taillefine, ce n'est qu'un mythe, c'est du scotch on rocks ou de la vodka taillefine, à la limite.)
(Il y a une autre chose qui me manque mais je peux pas en parler car ça n'a rien à voir avec le Colorado) (je suis si mystérieuse.) (la plupart de vous sait ce que c'est, suffit de reflechir deux secondes ;), d'ailleurs, j'organise un contest entre mes copines, copains, frère, le premier à me donner la réponse aura une carte de St Valentin)
Pour résumer, y a tout un tas de choses qui me manquent, beaucoup sont superficielles, d'autres sont plus fragilisantes. Mais je suis arrivée à un stade où on est plus à un moins près, alors je fais la part des choses. A force, on s'habitue au manque. Je ne pourrais pas m'habituer à vie à ne pas voir ma famille pendant un an ceci dit. Mes copains, le truc c'est que plus personne n'est dans la même ville. Je sais que je vais rentrer à Paris, j'aurais quoi, 3 ou 4 copains à voir là bas, sinon, vous serez tous à Rennes, Edinburgh, Lyon, Londres, Frankfurt et j'en passe... donc dans tous les cas, quand je vais rentrer, vous me manquerez autant.
Quitter le Colorado dans 6 mois va me rendre triste à mourir. J'aime tellement les montagnes, j'aime tellement les couchers de soleil. J'aime tellement Colorado University. J'aime tellement Boulder. J'aime tellement les samedis à glander dans la pelouse avec Julia, Marine et son foutu ukulélé. J'aime tellement les soirées cocktails avec ma host-mom. J'aime tellement jouer aux cartes et à des jeux avec eux. J'aime tellement quand mes kids me disent que je fais des bons repas. J'aime tellement quand mes kids me disent des trucs trognons. J'aime tellement quand mes kids me disent des trucs débiles (celui du jour : "dès fois j'ai l'impression que je sais plus comment on fait pour respirer puis en fait, je me rends compte que je respire depuis tout à l'heure"). J'aime tellement danser sur "Walk like an egyptian" avec ma host-mom. J'aime tellement aller manger un burger et boire une bière à la Walnut Brewery ou la Pumphouse. J'aime tellement quand il ne neige pas. J'aime tellement aller snowboarder souvent. J'aime tellement aller "randonner" dans les canyons. J'aime tellement voir des mecs avec des chapeaux de cow-boys. J'aime tellement qu'on me trouve cool parce que je suis française. J'aime tellement dire du mal des gens qui passent en français et être sûre que personne ne comprend. J'aime tellement le jacuzzi de Marine. J'aime tellement croiser des animaux sauvages de partout. J'aime tellement pouvoir attirer les écureuils. J'aime tellement switcher de l'allemand à l'anglais avec Julia. J'aime tellement les bagels et le cream cheese. J'aime tellement ne pas payer le resto parce que le service a pris une heure. J'aime tellement l'esprit boulderien hippy. J'aime tellement recevoir des colis (j'en reçois jamais en France). J'aime tellement avoir autant de choix dans les repas végétariens que les repas "normaux". J'aime tellement le oatmeal à la canelle.
Mais bon, j'ai un plan, je finis mon master 2 à Paris-plage. Et je reviens faire un doctorat ici ou dans une grande ville avec des bonnes bonnes facs. Comme ça je reviens voir le Colorado quand je veux, je verrais mes petits choux, mes parents d'accueil, mes montagnes, mon coffeeshop fétiche et puis Boulder... Une sorte de pélerinage.
Je vous épargne les catégories de bilan mais je vous fait un petit résumé quand même : être au pair est devenue une sorte de routine. Même si ça a pas été super facile ce dernier mois, on a retrouvé le "calme" à la maison donc tout va bien aller. Mon anglais est meilleur, j'ai un accent à couper au couteau, je fais des fautes de non-concentration, je galère avec les phrases avec des constructions de conjugaison au passé bien trop compliqué pour moi, et que même en français je me serai prise à quatre fois avant de trouver la bonne formulation. Ma vie sociale va plutôt bien, j'ai mes copines belges et allemandes, je rencontre des gens à la fac ou par le biais d'autres moyens dont je tairais l'existence. Mes projets fument dans ma tête : un petit voyage à Seattle - Portland avec copine Jill en avril (dès que j'ai des sous pour réserver ou que quelqu'un me paye les billets d'avion), une envie d'aller à Chicago très forte, un road-trip à organiser en août et maintenant, j'ai des projets à mon retour (week-ends avec mes copines de coeur, une grande fête qui s'annonce et un appartement à trouver (si quelqu'un veut chercher pour moi, je te ferai des câlins et des cookies en échange, gentille personne). Je sais même plus ce qu'il y avait dans mes catégories de bilan alors j'arrête.
JE VEUX RESTER LA. JE VEUX RESTER DANS LE COLORADO. JE VEUX RESTER AVEC MES KIDS (qui se foutent de ma gueule en ce moment même car j'ai renversé du vernis à ongles sur mon ordinateur, et ils me disent "you're so good at doing bad stuff", merci les gars, je le sais (j'ai embouti l'arrière de la voiture dans une borne de parking by the way) (boulet) (boulet). MAIS JE VEUX VOUS VOIR (lapsus, j'ai tapé "boire" avant de taper "voir", et ça me fait rire) alors je vais revenir et j'ai envie de finir mon master et d'écrire un mémoire (autodestruction bonjour).
Je vous embrasse le plus fort possible mes lapinous. J'espère que je vous manque pas trop et que vous vivez bien sans moi, mouah ah ah. Dans 7 mois (6 + 1mois de vacation) vous allez être obligé de vous coltiner agathe de nouveau :)
Mes copines <3
LOVE YOU
Votre tendre et chère agathe.




1 commentaire:
schöner text agathe! ca fait plaisir de lire. Bises
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